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Posted: 6th October 2015 By: Ensaf Haidar Category: Fondation Raif Badawi Blogue Comment: 0
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Je décrocherai la lune.

Depuis le moment où nous avons pris cette photo, je n’ai cessé de me demander comment aller plus loin pour décrocher la lune pour Raif.

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C’était ma dernière soirée avec les enfants, à Sherbrooke (Québec – Canada), avant d’entreprendre un voyage de plus de 10 jours.

Plus de 10 jours sans eux. Sans partager le quotidien avec eux. Je peux imaginer alors ce que vit Raif depuis maintenant plus de 3 ans. Il est privé de leur présence au quotidien. Privé de les voir grandir. Privé de les entendre rire. Pleurer. Privé de les voir s’épanouir dans le pays qui nous a accueillis.

 

 

 

Raif Badawi et enfantsC’est toujours très difficile pour moi de quitter les enfants. Une partie de moi-même reste à Sherbrooke auprès d’eux.

Au lendemain de cette photo, je me disais que oui, je décrocherais la lune pour Raif si je le pouvais. Mais comment y parvenir? Elle me paraît si loin.

Alors qu’à cet instant, elle était, cette nuit-là, au plus près de la terre.

Lundi 28 novembre, je prenais l’avion pour entreprendre à nouveau un voyage qui allait me conduire en Allemagne, puis en Autriche et en Suisse, pour le lancement de mon livre écrit en collaboration avec Andrea C. Hoffmann.

Ensaf Haidar / Bild: APA/EPA/ARNO BURGI

Ensaf Haidar / Bild: APA/EPA/ARNO BURGI

Je savais que le voyage serait long, si loin des enfants. Je l’appréhendais. Bien que je les appelle tous les jours. Bien que je pense à eux à chaque moment où je peux m’arrêter, un instant, pour penser à autre chose qu’au livre ou à Raif.

Chaque fois que je voyage en Europe, je suis étonnée de constater tous les appuis que peut récolter la cause de Raif.

Les Québécois, les Canadiens appuient Raif. Ça. Je peux le constater tous les jours.

Je suis étonnée des appuis européens suscités par l’injustice que vit mon mari.

Et chaque fois que je reviens d’un voyage aux États-Unis ou en Europe, je suis convaincue que Raif sera libéré dans les prochains jours. Que ça ne saurait tarder tant les citoyens, les parlementaires, les journalistes, les médias en général, sont certains que l’Arabie Saoudite ne peut maintenir mon mari ainsi en captivité alors qu’il n’a fait que défendre les droits de l’homme. Quelqu’un doit apporter un extrait de son livre auprès des autorités saoudiennes maintenant à la tête du panel du Conseil des droits de l’homme à l’ONU.

Raif porte son pays dans son cœur, comme en fait foi cet extrait de son livre, lui-même extrait de son blogue, 1000 coups de fouet parce que j’ai osé parler librement :

Page 56

Dans le chapitre consacré à la fête nationale de mon pays d’origine, intitulé La patrie est le bien le plus sacré de tous les sanctuaires, mon mari écrit :

« Le mot nation est un terme important dont ne connaissent la valeur et le sens que ceux qui font preuve d’abnégation totale envers elle, car ils savent qu’elle est sacrée au point de passer avant tout. Ceux-là lui offrent pour la défendre, leur âme, leurs biens et leur descendance. Bonne fête, ô mon pays, et bonne fête à vous, fils et filles de mon pays. »

Je vous écrirai sous peu mes impressions du voyage auquel je participe en ce moment et je partagerai ici quelques photos.

Ensaf

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