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« Je ne suis pas un membre de l’opposition, je suis simplement libre et indépendant.” Ali Anouzla

« Je ne suis pas un membre de l’opposition, je suis simplement libre et indépendant.” Ali Anouzla

Posted: 12th November 2015 By: FRBF Category: Fondation News Comment: 0

Par Ensaf Haidar

Je vous écris de Berlin, en Allemagne, car j’ai été invitée ainsi que la Directrice générale de la Fondation Raif Badawi pour la Liberté, Evelyne Abitbol, à remettre le « prix Raif Badawi » 2015 à un courageux journaliste : le marocain, Ali Anouzla, choisi par un jury composé de professionnels des médias. Je suis très fière de décerner cette reconnaissance, qui porte le nom de mon mari, soutenue par l’Alliance des médias internationaux (IMA) et la Fondation Friedrich Naumann, à un journaliste courageux qui s’est démarqué par son travail de transparence dans un pays arabe.

L’alliance des médias internationaux (IMA) et la Friedrich Naumann Fondation avaient annoncé au mois d’octobre que le lauréat serait Ali Anouzla.

Pourquoi lui?

Qu’a-t-il de commun avec Raif ?

Ali Anouzla est l’un des très rares journalistes marocains, à être véritablement indépendant, et à exercer le métier de journaliste dans un pays arabe, métier dangereux par les temps qui courent. Après avoir dirigé plusieurs journaux marocains, il ouvre un portail Lakome.com.

« Ce site arabophone d’information au ton très libre », comme le décrit Amnesty International, a été fermé en 2013 par les autorités marocaines.

Le travail d’enquête de Ali Anouzla l’a mené à dénoncer les violations des droits de l’homme dans son pays, de même que des cas de corruption et d’abris fiscaux.

Il a osé critiquer la «monarchie exécutive» du Maroc, sa politique ou même la manière dont la haute direction marocaine gère les questions relatives au conflit du Sahara occidental dans le sud du pays. Or, dans son pays comme en Arabie saoudite, l’expression, même pacifique, est considérée comme une diffamation si le journaliste critique la monarchie, ou la religion.

Ali a subi des harcèlements répétés de la part des autorités marocaines. En 2008, il a été condamné pour la publication de documents délicats provenant des archives de la Commission Vérité marocaine. Après plusieurs inculpations et emprisonnements (suspendus depuis), il a continué à exercer son métier avec la même rigueur et la même transparence.

En septembre 2013, il est inculpé sous des accusations de “Fourniture d’une assistance matérielle à, défense et lncitation aux actes terroristes”. Anouzla est alors passible de 20 ans de prison.

Son arrestation est dénoncée sur les médias sociaux et par les organismes internationaux Reporters sans frontières, Amnesty International et Human Rights Watch. Cinq semaines après son arrestation, il est relâché.

A la mi-août 2015, Ali et une petite équipe de jeunes journalistes et blogueurs ont ouvert un autre site, Lakome 2, qui s’adresse à la jeunesse marocaine et arabe du monde.

Constantin Schreiber, de l’Alliance internationale des médias (AIM), qui a initié le prix et publié le livre”, 1 000 coups de fouet”, constitué d’extraits des écrits de Raif, explique :

“Le jury a décidé de décerner le prix à ce journaliste courageux et au parcours admirable. Le travail d’Ali Anouzla est caractérisé par une solide recherche et un travail d’enquête approfondi. Il est difficile de critiquer l’establishment politique et royal au Maroc. Cette décision lance un signal à tous ceux qui luttent pour la réforme au Maroc.”

Informations complémentaires : Le jury était composé de huit professionnels des médias de haut niveau : le Directeur de Twitter Allemagne : Rowan Barnett; le rédacteur en chef du NDR, Andreas Cichowicz; la Correspondante de DPA, Anne-Béatrice Clasmann; le rédacteur en chef du Spiegel on line, Florian Harms; le rédacteur-en-Chef de stern.de, Philipp Jessen; le rédacteur en chef de BILD.de, Julian Reichelt; le rédacteur en chef du ZEIT ONLINE, Jochen Wegner; et le rédacteur au DWDL.de, Alexander Krei.

Les autres nominés outre Ali Anouzla étaient: le Bahreïn ONG Centre for Human Rights; le journal égyptien Masr Mada; le journaliste Reda Fhelboom, de Libye; et le Liban Fondation Samir Kassir.

Le Maroc est classé, en 2015, 130ème sur 189 pays par Reporters sans frontières, un score pire que celui de l’Afghanistan.

La décision du jury a été annoncée lors d’une table ronde sur le cas de Raif Badawi, qui a été co-organisée par l’IMA, Börsenverein des Deutschen Buchhandels et la Fondation Friedrich Naumannpour la liberté.

La cérémonie du Prix Badawi Raif aura lieu le 13 novembre 2015, lors d’un gala annuel pour les professionnels des médias. Le prix est décerné par l’Alliance des médias internationaux et co-organisé par la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté. Il est financé par Bundesmedienball, Börsenverein des Deutschen Buchhandels et Ullstein Buchverlage, et soutenu par Reporters sans frontières Allemagne.

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